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 Boris Eltsine n'est plus

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Christof.
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MessageSujet: Boris Eltsine n'est plus   Mar 24 Avr 2007 - 19:09

(Source : Burki dans 24 Heures, mardi 24 avril 2007)


Ci-dessous, un article paru en ligne sur Le Monde Diplomatique de ce mardi, suite au décès de Boris Eltsine survenu hier.

Cet homme avait beaucoup de défauts, tant personnels (alcool), que politiques (la corruption généralisée ou la Tchétchénie) mais il avait aussi une chose que peu d'hommes politiques peuvent se targuer de posséder : le sens de l'histoire.

Aujourd'hui, nombre des acquis de l'époque eltsinienne - élections démocratiques et suffrage universel, liberté d'expression, décentralisation du pouvoir - sont battus en brèche par son successeur Vladimir Poutine... qu'il avait lui-même choisi !

Eltsine ou le paradoxe russe !

Bonne lecture.

Le Monde Diplomatique a écrit:
Boris Eltsine, « l’homme-époque »

La mort de Boris Eltsine, le 23 avril, et ses funérailles nationales (1) alimentent en Russie des réminiscences chargées d’émotions fortes. « Changer le monde, changer la vie » : la Russie a su, sous Eltsine, ce que parler veut dire. Le premier président de la Russie post-soviétique est associé à une période où les trajectoires collectives et individuelles des anciens Soviétiques ont été bouleversées en peu de temps.

Ce fut une « époque de liberté et de folie » qui vit céder les entraves de l’ère soviétique à tout ce qui allait se développer de manière exponentielle : le commerce, les affaires, les libertés d’expression et de mœurs, les mafias, les milices privées, les voyages à l’étranger, l’explosion des inégalités, la fuite des capitaux et des cerveaux. Ce fut le temps des ascensions fulgurantes, où des fortunes fabuleuses pouvaient se bâtir avec une étonnante facilité, donnant naissance à des empires financiers et médiatiques. Où non seulement les « nouveaux Russes » fortunés, mais des salariés « libérés » de leurs emplois, ont pu devenir « indépendants », s’adonner au commerce de rue, à toutes les variétés d’économie informelle.

L’Etat, décrié, renonçait à ses prérogatives, dans un contexte de fiscalité inexistante, de braderie des biens publics, d’effondrement de la santé publique et de l’enseignement, de laisser faire-laisser aller, de tout ce que les heureux bénéficiaires des libertés nouvelles désignent aujourd’hui comme « les acquis démocratiques des années 1990 » — malheureusement remis en question par M. Vladimir Poutine.

Celui qui a « chassé les communistes du pouvoir »

Le personnage d’Eltsine, bourru, aventurier, chaleureux et souvent drôle, laisse une image d’homme sympathique, sans doute plus « proche du peuple » que ne le paraissent le président de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev, son prédécesseur, qui faisait figure de dirigeant lointain, intellectuel, indécis, et son successeur, M. Vladimir Poutine, plus rationnel et déterminé, froid et calculateur.

Au-delà du flot de louanges, plus ou moins sincères, les démocrates eltsiniens, qu’ils soient aujourd’hui ralliés à M. Poutine ou dans l’opposition, retiennent surtout du président défunt l’image du fondateur de la démocratie russe. Ses opposants regrettent cependant les « erreurs » commises, tels la guerre en Tchétchénie et, surtout, le fait d’avoir choisi son dauphin en la personne de Vladimir Poutine, « fossoyeur des libertés ». Mais une grande partie de la société russe, qui n’a guère voix au chapitre, retient plutôt la brutalité de la « thérapie de choc » ultralibérale et le « chaos » des réformes accomplies dans les années 1990, qui plongèrent la majorité des gens dans la misère et la détresse.

L’évocation de la carrière de Boris Eltsine, dans les médias libéraux russes et occidentaux, obéit, en revanche, au désir de présenter une image édifiante pour les jeunes générations, identifiable à la « victoire de la liberté sur le communisme ». C’est ainsi que l’on revoit pour la millième fois l’ancien président « résistant aux putschistes » de 1991 monter sur un char, alors que toute menace était déjà écartée, ou qu’on le présente comme celui « qui a chassé les communistes du pouvoir », ce qui est pour le moins simplificateur. C’est en réalité du sommet de l’appareil du Parti communiste d’Union soviétique que vint, dès 1985, l’impulsion aux changements radicaux, sous la conduite du secrétaire général Mikhaïl Gorbatchev, et alors que l’idéologue en chef Alexandre Iakovlev avait déjà mis au point un plan de démantèlement complet du système. C’est dès 1986-1987 que s’amorcent les réformes dégageant progressivement les entreprises des contraintes du Plan, autorisant les initiatives puis la propriété privée, les joint-ventures avec le capital étranger puis l’exportation des capitaux (et leur évasion vers les paradis fiscaux), et ce, bien avant que les réformes de 1992 ne lèvent les derniers obstacles à cette « libération ».

Une élection qui soulève d’immenses espoirs

Boris Eltsine est lui aussi homme d’appareil communiste, comme la quasi-totalité des réformateurs, tant « socialistes » des débuts de la perestroïka que « libéraux » des années 1990 — jeunes oligarques exceptés. Mais se souvient-on du discours qui fit de lui un « opposant de gauche » à la bureaucratie dirigeante ? En 1989, Boris Eltsine est élu triomphalement au Soviet Suprême, puis, en 1990, à la présidence de ce parlement soviétique avant d’être, en 1991, élu au suffrage universel, à 57 % des votants, président de la République socialiste fédérative de Russie (RSFSR) qui a proclamé sa « souveraineté » au sein de l’URSS et deviendra, après la dislocation de celle-ci, la Fédération de Russie. Il est alors le leader de la Plate-forme démocratique du Parti communiste (PC) puis, quittant en 1990 ce parti que M. Gorbatchev voulait transformer en « social-démocratie », il prend la tête du mouvement dit de la « Russie démocratique », contre M. Gorbatchev et le PC. A l’époque — 1989-1991 —, Boris Eltsine soulève d’immenses espoirs : sortir de l’impasse du système où s’enlise le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev ; redresser le niveau de vie ; réduire les privilèges et les inégalités, restaurer « le pouvoir des soviets », soit des conseils élus débarrassés de la tutelle du parti (dont M. Mikhaïl Gorbatchev fait abolir le monopole de pouvoir dès 1990). La popularité de Boris Elstine ne se bâtit pas sur les promesses d’une thérapie de choc ou d’une dislocation de l’URSS que prépare pourtant son équipe et qui vont suivre, de manière foudroyante, dans l’enchaînement des coups de force de 1991.

La tentative manquée de putsch conservateur d’août 1991 (contre M. Gorbatchev) ouvre la voie à la prise de pouvoir du groupe eltsinien à Moscou et des directions séparatistes dans d’autres républiques. Aux réformes trop prudentes qu’avaient esquissées M. Gorbatchev et ses économistes « gradualistes » se substituent alors celles de MM. Gaïdar et Tchoubaïs, qu’inspirent le néolibéralisme et le Fonds monétaire international. Elles sont impensables sans la « souveraineté de la Russie » sur les richesses de son territoire, donc la rente des matières premières jusque-là partagée avec les autres membres de l’URSS. La Russie « lâche » donc les autres républiques, à son avantage, du moins dans un premier temps et pour certains groupes sociaux. Mais l’un des membres de sa fédération, la Tchétchénie, prend son indépendance. Boris Eltsine tente de la reconquérir fin 1994, dans une guerre perdue en 1996.

La prise de pouvoir par le groupe d’Elstine est ponctuée en octobre-décembre 1993 par la liquidation des soviets démocratisés, qui avaient joué un rôle dans la défaite des putschistes de 1991. C’est dès cette époque que s’opère, en Russie, un tournant vers des méthodes autoritaires et violentes.

Le parlement russe, pro-Eltsine, s’étant retourné contre les « réformes » du président, celui-ci en décrète la dissolution et le blocus militaire. Puis, face à la rébellion armée des parlementaires assiégés, et secondés par des milices extrémistes, il envoie les chars et organise la chasse à l’homme. Pour cette « victoire de la démocratie », des dizaines de vies humaines et peut-être davantage sont fauchées ; une nouvelle Constitution très « présidentielle » est adoptée en décembre à la faveur d’un scrutin controversé. Au même moment, c’est pourtant une majorité nationaliste et communiste qui émerge des élections législatives.

Début d’une situation paradoxale qui va se prolonger jusqu’aux élections de 2003 : un exécutif « poursuivant les réformes », largement contestées par les députés, les électeurs et, par ailleurs, dans les sondages d’opinion. C’est sous M. Vladimir Poutine que cette fracture entre le pouvoir et la majorité des électeurs sera surmontée. Au profit de « réformes » autrement modulées.

L’éviction d’Evgueni Primakov

Un autre temps fort de la carrière de Boris Eltsine est sa réélection, pour un second mandat, en 1996. On mentirait par omission en ne rappelant pas les circonstances « historiques » de cette victoire obtenue de justesse : le président Eltsine quémande alors des prêts financiers des principaux banquiers détenteurs du pouvoir médiatique, en échange de quoi le grand organisateur des privatisations, M. Anatoli Tchoubaïs, leur offre, pour des sommes dérisoires, les fleurons de l’industrie pétrolière. Les présidentielles de 1996 — au dépouillement non moins contesté que les précédentes — consacrent ainsi la naissance de l’oligarchie financière et médiatique qui détiendra un pouvoir quasi-absolu dans les années 1996-1999.

Un autre « choc » a failli faire chanceler le régime alors très largement rejeté : le krach financier d’août 1998, et la démission obligée du gouvernement Kirienko alors chargé de relancer les réformes ultra-libérales, amènent au pouvoir une équipe de centre-gauche. Le nouveau premier ministre, Evgueni Primakov, entend promouvoir une politique « keynésienne », d’économie de marché « socialement régulée » et mettre à l’écart les oligarques. Dès 1996, comme ministre des affaires extérieures, M. Primakov avait esquissé une réorientation de la politique internationale, dégagée du « pro-américanisme » de son prédécesseur Andréi Kozyrev, au profit d’un « recentrage » euro-asiatique, rapprochant la Russie de la Chine, de l’Inde et du monde musulman. M. Primakov sera rapidement écarté par la « famille » Eltsine et ses oligarques favoris, au profit d’un nouveau venu : le responsable du FSB (ancien KGB) Vladimir Poutine.

Celui-ci se verra chargé, d’abord comme premier ministre, de mener la deuxième guerre en Tchétchénie, officiellement décidée par Boris Eltsine, et de relancer les réformes libérales. L’homme le plus influent au Kremlin, à ce moment-là, est l’oligarque Boris Berezovski, actuellement réfugié à Londres d’où il finance et encourage les opposants à renverser par la force son « poulain » de 1999, M. Poutine. Celui-ci, en effet, chargé de « sauver le régime » et les oligarques, aura emprunté un chemin très différent de celui que la « famille » Eltsine-Berezovski avait imaginé.

Fin 1999, Boris Eltsine démissionne ; un décret de son successeur lui assure, à lui et à sa famille, la pleine immunité, compte tenu des malversations financières que d’aucuns leur reprochent.

Le premier président de la Russie post-soviétique laisse derrière lui une économie exsangue, une société éclatée et paupérisée, une puissance défaite et humiliée sur la scène mondiale. Ce pays détient cependant des richesses en hydrocarbures et des potentialités de redressement que l’on sous-estime. Le capitalisme a bien pris racine et de grands groupes industriels et financiers se sont aguerris.

Sous Boris Eltsine, la Russie a fait, en direction de « l’économie de marché » et de la mondialisation, sinon de la démocratie à l’occidentale, une avancée irréversible. Et qui se poursuit.

Jean-Marie Chauvier

(1) A la très symbolique cathédrale du Christ-Sauveur, reconstruite sous son règne, et au cimetière de Nosvodévitchi, le plus célèbre après celui du Kremlin.

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Christophe CHASTANET
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Wings
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MessageSujet: Re: Boris Eltsine n'est plus   Mar 29 Mai 2007 - 14:32

On ne va pas pleurer cet ivrogne quand même ?

Il a réussi ce que les bolcheviques ont raté : la Russie n'était-elle pas plus heureuse avec les cocos que maintenant ?

C'est grave d'en arriver à se poser cette question non ?
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Christof.
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MessageSujet: Russie   Lun 4 Juin 2007 - 20:28

Wings a écrit:
On ne va pas pleurer cet ivrogne quand même ?

Il a réussi ce que les bolcheviques ont raté : la Russie n'était-elle pas plus heureuse avec les cocos que maintenant ?

C'est grave d'en arriver à se poser cette question non ?

Comme si les russes n'étaient pas accablés par la pauvreté ; privés de leurs droits démocratiques ou confrontés à une classe dirigeante criminelle sous l'égide de l’Union Soviétique !

Entre deux maux, il faut choisir le moindre.

Ce qui est plus grave à mes yeux, c'est qu'entre la Russie de Boris Eltsine et celle de Vladimir Poutine, le langage et les attitudes ont changé de façon très inquiétante.
Nous en avons la preuve ces jours-ci puisque Poutine a menacé, comme aux plus mauvais jours de la guerre froide, de pointer des missiles vers l'Europe si les Etats-Unis y déploient leur bouclier antimissile.

Comme a pu l'écrire récemment Alexandre Khramtchikhine, directeur du département d'analyse de l’Institut d’analyse politique et militaire, dans le Nezavissimaïa Gazeta, "la confrontation avec les Etats-Unis sur presque tous les dossiers internationaux devient pour le Kremlin une fin en soi. Ce comportement n’a pas de motifs rationnels, si ce n’est la vengeance. Pour les humiliations réelles et imaginaires que les Etats-Unis ont fait subir à la Russie dans les années 1990."

Pour ma part, dans la pure vision gaullienne du multilatéralisme, je considère que les relations entre les Etats-Unis et la Russie ne doivent pas contraindre le système international et notamment l'Europe qui n'est pas un "pion" que l'on peut user à des fins stratégiques et militaires !

Avec la disparition de Boris Eltsine, une page s'est vraiment tournée.

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Wings
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MessageSujet: Re: Boris Eltsine n'est plus   Mar 5 Juin 2007 - 10:48

D'accord mais la libéralisation trop rapide et incontrôlée de la Russie a engendré Poutine et mis des enfants dans la rue.

C'est sur que du temps de l'URSS on n'avait pas tous les éléments mais je crois que les gens étaient peut être un peu moins démunis et malheureux.

Vu les scores des néo-communistes à l'Est on peut se demander si l'arrivée incontrôlée du capitalisme n'a pas eu des effets néfastes au lieu d'être positif. Cela faisait des dizaines d'années que ces gens étaient maternés par le système et d'un coup tout est permis, cela a engendré la mafia, la pauvreté extrême, la déchéance de leur armée qui est très amère, et l'instauration d'une semi-dictature par Poutine.
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MessageSujet: Re: Boris Eltsine n'est plus   Mar 5 Juin 2007 - 19:50

Wings a écrit:
l'instauration d'une semi-dictature par Poutine.

Une semi dictature de Poutine NON, simplement la poussée du nationalisme russe.

Justement au temps de la guerre froide, heureusement que la France était devenue une force nucléaire, ça a permit de freiner un peu, de part et d'autre, la course à l'armement.

On a une preuve de plus ces jours-ci (désolé pour Boris qui avait quand même ramené le calme) que l'indépendance militaire de la France doit continuer et que l'on doit même se développer, car, à l'heure actuelle on ne fait plus peur dans la région avec notre seul et unique porte-avions et nos malheureux petits sous-marins lanceurs d'engins qui commencent à vieillir...

Poutine et Bush, vont nous relancer la course à l'armement. En 36 il y a un petit caporal qui a déjà eu l'idée et on a vu ce que ça a donné. Au début, l'économie de son pays est repartie en trombe, mais après il y a eu un grand nombre de personnes à pleurer.

La France et l'Europe se doivent, du coté militaire, de ne dépendre ni des Etats Unis, ni de la « Grande Russie ».
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